Ce que les pratiques narratives peuvent nous apporter

Créées à la fin des années 1980 par Michael White et David Epston, les pratiques narratives ont d’abord été développées dans un contexte de thérapie et d’accompagnement social. Elles reposent sur une idée simple mais puissante : nous comprenons le monde et nous-mêmes à travers les histoires que nous construisons.

Voyons le premier des concepts clés et surtout les questions qu’il peut nous inspirer.

❇️ Concept clé 1 — La vie est un texte que chacun se raconte ou raconte aux autres

Ce qui existe dans notre identité, ce n’est pas tout ce que nous vivons, mais ce que nous choisissons de raconter et de mettre en avant. Or, dans nos vies, il se passe bien plus de choses que celles que nous sélectionnons pour nourrir notre récit dominant. Notre identité est donc fluctuante. Elle dépend en grande partie des histoires que nous élaborons, répétons et partageons.

Application pratique en entreprise

  • Quelles histoires les équipes se racontent-elles au quotidien ?
  • Mettons-nous davantage en lumière ce qui fonctionne, ce qui nous motive, ce qui donne du sens à nos métiers ?
  • Ou bien les récits dominants portent-ils sur les procédures, les irritants, les frustrations passées ou les risques à venir ?

❇️ Concept clé 2 — Le problème n’est pas la personne. Le problème est le problème.

 L’un des principes majeurs de l’approche narrative est l’externalisation. En distinguant la personne du problème, on évite que celui-ci devienne une étiquette identitaire. On peut alors l’observer, l’analyser et agir dessus sans enfermer les individus. Externaliser, c’est redonner du mouvement là où il y avait figement.

👉 Application pratique en entreprise

  • Savons-nous nommer les problèmes indépendamment des personnes ?
  • Sommes-nous capables de décrire précisément le problème sans désigner un coupable ?
  • Identifions-nous ce qui nourrit le problème… et ce qui l’affaiblit ?
  • Accordons-nous de l’attention aux moments où il est moins présent ?

Changer le récit autour du problème change la relation que l’on entretient avec lui.

❇️ Concept clé 3 — Il existe toujours des histoires alternatives

Un récit dominant peut donner l’impression qu’il résume toute la réalité. Pourtant, il existe toujours d’autres événements, d’autres réussites, d’autres compétences, souvent moins visibles, qui ne demandent qu’à être explorés. L’approche narrative consiste à repérer ces histoires préférées ou ces exceptions pour élargir la perception et ouvrir de nouvelles possibilités. Une organisation, comme un individu, n’est jamais réductible à un seul récit.

👉 Application pratique en entreprise

  • Identifions-nous les moments où les équipes ont déjà surmonté des difficultés similaires ?
  • Mettons-nous en lumière les réussites discrètes autant que les problèmes visibles ?
  • Explorons-nous les compétences présentes plutôt que les seules lacunes ?

Ce que l’on choisit d’amplifier devient progressivement le nouveau récit collectif.

Ces trois concepts rappellent une chose essentielle : nous ne changeons pas uniquement les situations en modifiant les actions. Nous les transformons aussi en modifiant les histoires qui leur donnent sens.

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